Le peuple des connecteurs

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Avertissement. Cet article est une critique. Il s'agit d'un avis. Si vous avez des critiques, des remarques, à faire sur cette critique, merci d'utiliser l'onglet discussion.

"Le peuple des connecteurs" (Bourin éditeur, 2006) de Thierry Crouzet. Des choses intéressantes sur le rôle des réseaux sociaux... et informatiques. Mais que de sophismes et finalement d'aneries ! Ce livre est intéressant à plus d'un titre. Premièrement, il est parsemé de quelques expériences scientifiques dignes d'être connues. Deuxièmement, c'est un exemple d'utilisation de raisonnements fallacieux pour aboutir, à tout prix, sans critique, sans analyse scientifique - ce qui ne veux pas dire réductrice - à ce qu'on voudrait que le monde soit.

Bref, un exemple à étudier, pour éviter de tomber dans ces pièges grossiers !

Je me considère comme un connecteur. Dans mon métier, dans mon militantisme. Mais je vote, j'étudie, j'apprends, je travaille, je manifeste, je complique, je rationalise, je provoque... en connaissant (ou en croyant connaître) les limites (pas les conséquences !) de mes actions.

Une caractéristique fondamentale : Avoir l'esprit critique. Ne pas accepter les arguments d'autorité (il est connu), de flatterie (c'est ce que je pense). Cette critique est une sorte d'exercice d'esprit critique !

La structure du livre est construite autour d'affirmation qui semblent nihilistes. Ne pas faire ceci ou cela... Nous reprenons cette structure.

--Abeugnard 18 mar 2006 à 22:54 (CET)

Sommaire

Prélude : Ne pas obéir

Découverte du pair-à-pair, d'Internet comme moyen technologique d'interconnecter les humains. Critique de l'organisation hiérarchique figée.

L'auteur écrit (p19-20) "J'avais adopté cette attitude [des connecteurs : qui oeuvrent en silence, ne conteste pas, construit un nouveau monde sans détruire l'ancien] presque depuis mon plus jeune age, ..., je me devais de la défendre, quitte à lui donner une unité qu'elle n'a pas puisqu'elle n'a jamais été pensée en tant que telle par une seule personne." Comme si l'humanité avait attendu Internet pour que les humains adoptent cette attitude ! Ce qu'on peut dire c'est qu'avec Internet, la vitesse supérieure est enclenchée, et qu'il est plus facile de voir cette attitude ! (En un autre temps, l'auteur aurait-il été myope ?)

Nous sommes relier les uns aux autres. Les réseaux (sociaux) sont fondamentaux. C'est vrai depuis des millénaires !

Ce qui est apparu avec la génération 1960, "ce sont les premiers véritables utilisateurs des ordinateurs." (p21) Sans doute, mais ce qui révolutionne plus notre attitude est la prise de conscience de la finitude du monde. La radio, et la télévision, avant et plus que l'ordinateur ont modifié notre perception du monde. L'auteur, mais ce n'est pas la seule fois, va choisir les faits qui renforcent son argumentaire, et uniquement ceux là. Evidemment tout va sembler aller dans le même sens et donner force et cohérence au discours. En apparence seulement !

S'appuyant sur un mot d'ordre de Léon Bloy (voir les bibliographies sur [1], [2], [3]), l'auteur annonce qu'il va "exagérer parfois les idées afin qu'elles soient mieux perçues." (p21) Je ne suis pas sûr que ce soit un procédé scientifique !

Pour l'auteur se targue d'avoir une démarche plus scientique qu'idéologique ou philosophique ! Jugez-vous même !

Ne pas voter

Quelques citations (p23-25) :

  • "mai 2002" (la victoire de Chirac avec 82% des voix) événement "anecdotique, presque risible".
  • "Nous savons qu'un gouvernement est impuissant, que les promesses électorales ne seront qu'affabulation, que les programmes politiques ne se réument qu'à de pieuses injonctions..."
  • "Alors voter pour ne sert à rien. Il ne nous reste que l'option de voter contre."

Bon. Certains pensent cela aussi dans leur banlieu. Ils n'ont pas grand choses à perdre. Mais oublient que s'ils votaient ils pourraient faire probablement faire évoluer le système...

T. Crouzet, probablement confortablement installé peut également penser celà. C'est démagogue et faux. L'état fait des choses, et peut influencer la société :

  • Justice. Peine de mort. Plus ou moins de répression.
  • Enseignement (on en reparlera dans un chapitre suivant).
  • Transport (routes, fer, ...)
  • Liberté d'expression (radios libres, ...) ou censure (la Chine utilise Google pour filtrer les recherches sur Internet [4].).
  • Solodarité, redistribution, taxes...

Maintenant, savoir si les décideurs contrôlent les effets de leurs décisions, probablement pas totalement, comme chacun d'entre nous dans sa vie, son travail, ses engagements personnels ! Comme si on ne pouvait prendre une décision que si on connaissait son effet. Sophisme. Vivre, c'est gérer la complexité du monde, des relations humaines, etc.

Pour illustrer l'inutilité d'une décision centrale, l'auteur s'appuie sur divers exemples :

  • les bancs de poissons,
  • le vol en configuration des oiseaux,
  • les fourmis,
  • les termites

(p 31) "Nous avions la preuve que des comportements complexes pouvaient émerger de règles simples et, surtout, qu'un gouvernement n'était pas nécessaire pour coordonner cette complexité." Nul besoin d'intelligence ; quelques règles et l'organisation apparait (banc, nuée, galerie) !

L'amusant est que l'auteur dit dans son prélude de "Ne pas obéir"... et dans ce premier chapitre, invite à obéir absolument à quelques règles simples ! Inconsistance.

Que ce passerait-il si on n'appliquait pas tous les mêmes lois ? L'auteur fait lui aussi des voeux pieux... qui ne me font pas rêver ! Que fait-il de l'intelligence des humains ? pas besoins ? C'est justement là, qu'est la difficulté !

Je ne suis pas un poisson, un oiseau, une fourmi ou un termite ; je suis libre de remettre en cause n'importe quelle loi. Les bonnes lois d'aujourd'hui seront différentes demain. "O tempora, O mores" disait-on il y a déjà plusieurs millénaires !

Bref. De quelques exemples T. Crouzet généralise et en déduit l'organisation optimale humaine (!?). La distribution est la meilleure des solutions pour les fourmis... donc pour l'homme. (Je simplifie aussi comme lui ;-)

Il oublie juste que de nombreux systèmes fonctionnent bien car ils sont centralisés. Tout est problème d'échelle. Le cerveau (qui a probablement un fonctionnement réparti) est un organe unique qui commande le reste du corps. Il reste des actions réflexes locales, certes, mais le cerveau a tout de même un rôle central. Un gouvernement, composé de nombreuses personnes pourrait être assimilé à un cerveau. Je ne sais pas quelle est la bonne organisation humaine. Je veux juste montrer les raccourcis de raisonnement de T. Crouzet.

L'informatique qui sert de support à quelques raisonnements de l'auteur est emblèmatique. Contrôler, administrer un système centralisé est bien plus facile qu'un système distribué (ou réparti). La bonne organisation d'un système dépend des propriétés qu'on veut que ce système ait. Robuste, résistant aux pannes, la distribution est plus efficace. Facilement évolutif, administrable, la centralisation est meilleure. Le danger pour l'humanité, c'est d'arriver en disant que la bonne solution est celle-ci (dictature centralisée, démocratie représentative semi centralisée, ou directe très décentralisée).

Mon avis ? Il y a bien longtemps que l'humanité est auto-organisée. Il y a bien longtemps que l'anarchie a gagné ! Eh oui. Nous nous auto-organisons, parfois en dictature, parfois en démocratie, parfois en tribu... tout dépend du contexte, des individus, des resources, de l'histoire, ... Rien de nouveau sous le soleil. Nous nous adaptons. Aujourd'hui, en France, la démocratie représentative (version 5e république) est en pratique... Alors, voter est utile. Donc Votez.

Bon revennons, à la décentralisation et l'exemple des "feux rouge" pour réguler la circulation dans les villes. (p39 et suivantes)

Les embouteillages sont un fleau. On y perd des milliards d'heures. Certes, mais si on voyait cela comme un auto-ajustement de notre société pour qu'elle ne soit pas trop productive ? Changeons de façons de penser. Mais admettons qu'il faille lutter contre les embouteillages en améliorant l'efficacité de gestion des "feux rouges". L'exemple est intéressant, il montre un exemple efficace de distribution de l'information. Mais de la à généraliser... en d'en déduire p42 : "Nous avons une preuve de l'inefficacité du centralisme". Sophisme. Généralisation abusive.

"La nature évite les architectures centralisées car elles ont d'une fragilité excessive". Oui, elle évite, elle ne rejette pas. Toutes les organisations sont à considérer. Un seul cerveau, un seul coeur, un seul estomac, un seul utérus, et puis un cas intéressant un seul code génétique. Tiens, là l'unicité devient indispensable ; elle crée un standard, une possibilité de partager, d'échanger, d'où rien moins que l'évolution de la vie : un détail ! D'où j'en déduis "vive l'unicité !" (non, j'espère que vous avez détecté là un sophisme !)

p48, T Crouzet prend ses désirs pour la réalité. Il écrit : "Une fois la décentralisation installée, toute régression vers le centralisme est quasi impossible." L'histoire en effet regorge de mouvements décentralisateurs. L'effondrement des empires. Jamais suivi par des réorganisations autour d'un pouvoir central. La monarchie, est bien évidemment un processus décentralisateur !

Toute cette approche vers une décentralisation de l'état a son intérêt. J'aimerais avoir l'opinion de l'auteur sur un fonctionnement décentralisé des entreprises ! Sans considérer les actionnaires (propriétaires) comme des agents avec plus de droits que les employés (forces vives) ; les uns ne sont rien sans les autres et vice-versa (surtout les uns, d'ailleurs !)

À la fin de ce chapitre, je commençais à être agacé. Je prone le décentralisme, l'adaptation des organisations, le respects des uns et des autres, mais pas en simplifiant tout, pas en faisant croire qu'il suffit de décentraliser pour résoudre les problèmes. Comment gérer les conflits ? Comment gérer les cas qui sortent de la norme (qui n'obéissent pas aux lois simples de base) ? Comment passer à l'échelle ? Car c'est un détail, mais faire communiquer 10 personnes 2 à 2 nécessite 10*10 interactions. Pour 6 000 000 000 d'individus ? Pour des interactions plus complexes que 2 à 2 ? La centralisation réapparait naturellement ! Il faut apprendre à la dompter... l'utiliser quand il faut où il faut !

Ne pas légiférer

Pour illustrer son propos T. Crouzet s'appuie sur une expérience (p56-57) Anglaise dans le comté de Wiltshire où Ben Hamilton-Baillie a supprimer toute signalisation routière. La conséquence ? Le trafic fluidifié. Pourquoi ? Les "agents" (les conducteurs) doivent rester en contact pour décider. Plus de loi et ça marche mieux. Je vous laisse deviner, le sophisme utilisé... généralisation hative. On en déduit donc que ... moins il y a de lois, plus les gens se responsabilisent et plus les problèmes se résovent par contact direct des agents et donc tout va pour le mieux. CQFD. (Ce Qu'il Fallait Démontrer). "Laissez les connecteurs prendre le controle de leur vie" (p57).

Où est la faille dans dans le raisonnement ? Encore une fois, d'un exemple on généralise. Avez vous vu la place de l'étoile laissée aux "connecteurs" lorsque la circulation devient trop grande ? Embouteillage, klaxon, énervement... il faut une régulation centrale. La solution marche dans le comté de Wilshire car il y a peu de monde. C'est un cas très particulier. Mais il est vrai que les "ronds-point anglais" fluidifient bien la circulation. Mais il faut respecter "priorité à gauche", et lorsque le trafic devient trop dense, les problèmes demeurent !

Les 3 lois de la robotique stipulent :

  1. Un robot ne peut ni blesser un être humain, ni par son inaction, permettre qu'un humain soit blessé.
  2. Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains tant que de tels ordres ne contreviennent pas à la première loi.
  3. Un robot doit protéger sa propre existence aussi longtemps qu'une telle protection n'est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.

Un "truc" important de ces lois est leur hiérarchie, et qu'elles se référencent. Issac Asimov a développé autour de ces 3 lois plusieurs romans et nouvelles mettant en évidence leurs limites, leurs contradictions, ce que T. Crouzet évite bien de signaler.

Sur ce principe l'auteur propose un code de la route en 3 lois (p58). Pourquoi pas. Le problème avec les lois, ne sont pas vraiment les lois, mais ceux qui devraient les appliquer ! Si tout le monde appliquait le code de la route, si tout le monde respectait les règles de prudence, tout irait bien. Une seule loi suffit : "Faites attention aux autres !" Ce serait simple et beau, mais pourquoi n'y a-t-on pas penser plus tôt ?

Peut-être qu'un des défaut des humains, c'est qu'ils sont humains ! Ils peuvent ne pas obéir à des lois !

Regardez, ce que les "10 commandements" sont devenus. C'est pourtant simple ; "Tu ne tueras point". Pourtant plus de 5000 ans d'histoire ont prouvées que des lois minimalistes ne suffisent pas !

T Crouzet se dit "libertaire" (page 60) : "[il] n'admet[] aucune autre restriction à [sa] liberté que celle exprimée par quelques lois minimalistes." C'est bien ce que je pense, l'optimisme est à droite. L'homme est bon et généreux par nature ! Avec cette hypothèse (peu réaliste vous l'admettrez) peu de lois suffisent et tout ira pour le mieux. Ouvrez les yeux sur le monde M. Crouzet ! Votre liberté repose sur les lois, règles et règlements qui garantissent notre système aujourd'hui, en ce lieu, avec cette population, ce niveau culturel, etc.

S'ensuit (page 61) une position sur le TCE (Traité de constitution européenne) de 2005 ; le peuple des connecteurs s'en moque, parce qu'"il ne veut pas perdre de temps à discuter d'institutions de toute façon stériles à ses yeux."

Evidemment, toute institution est stérile parce que "nous croyons à notre capacité de nous auto-organiser et de nous respecter les uns les autres, notre libéralisme est nécessairement social : plus aucune structure ne peut contrôler les individus et imposer ses diktats." Mais le résultat de notre société, n'est-il pas le résultat de notre capacité à nous auto-oragniser depuis des siècles ?

Quelques question M. Crouzet :

  • Que faire de ceux qui ne respectent pas ces lois simples ?
  • Qui décide qui ne respecte pas ?
  • Qui décide des buts ? Tous ensemble ?
  • Qui tranche en cas de divergence de vue ? de conflits ? Les groupes auto-organisés doivent-ils se diviser jusqu'à ne former que des individus toujours en accord avec lui-même !
  • Faut-il réinventer le vote ? À quel échelle ? Avec quelles règles ? Tout le monde sait bien que, naturellement, les votes sont partout équitables, justes, sans risques de tricherie, de fraude, ou quoi que ce soit d'autre ! Puisque l'homme est bon, l'ambition est toujours au service des autres,...

Que d'illusion, de naïveté ! À ce point cela devient dangereux.

Toujours à vouloir démonter les institutions, l'auteur montre que les systèmes deviennent de plus en plus complexes, imbriqués, et que donc maîtriser les conséquences d'une décision sont difficiles à évaluer. Page 73, un schéma de la chaine alimentaire dans l'Atlantique Nord illuste cette complexité et l'"observation d'un tel schéma ne peut que rendre humbles tous les décideurs." Sur ce point je serai d'accord avec lui. Les décideurs devraient être plus humbles et apprendre à partager leurs décisions (c'est pourquoi les Verts sont adeptes de la démocratie participative ;-). On se demande d'ailleurs bien pourquoi on les paye si cher dans les entreprises ?! Quoi qu'il en soit, même quand on est humble, et qu'on connait la complexité d'un système, on doit parfois prendre des décisions. Vous avez eu des enfants ? C'est complexe ! On doit faire des choix... et accepter de se tromper, souvent !

Pour illustrer son propos voici un chef d'oeuvre de populisme (genre débat philosophique de café du commerce en fin de journée). "Parce que le chomage est considéré comme un déshonneur, les gouvernements donnent des avantages aux chômeurs et, du coup, beaucoup de travailleurs se demandent pourquoi ils ne deviendraient pas chômeurs à leur tour. Ainsi, en positivant le chômage, les chômeurs restent chômeurs et les travailleurs aspirent au chômage." Bon, je l'accorde à l'auteur, il considère ce raisonnement comme "caricatural". Bon. Mais il est écrit. Pas démonté. Et il diffuse un relan nauséabond... Il "a pour but de montrer qu'aucune décision ne peut être jugée par elle-même." Oui, l'auteur à l'air de découvrir que des décisions ont des effets de bord, des effets secondaires, des effets non escomptés. Rien de neuf sous le soleil. Ces effets sont parfois mauvais, parfois bons. Gouverner, vivre, c'est naviguer à vue ! Qui prétend le contraire est stupide. Et faire croire le contraire pour appuyer sa démonstration est fallacieux ; de quelque chose de faux on prouve n'importe quoi !

Vient l'exemple du Web (page 76-). Sans chef, "où tout le monde se moque des consignes que [Tim Berners-Lee, son créateur] édicte." Enfin, bon, il y a quand même quelques standards que tout le monde partage. Protocole de communication, règles de nommage, adressage IP, etc. En fait, ce n'est pas qu'il n'y ait pas de président (car il y en a un), ou d'institution (car il y a l'ICANN) qui change tout ; c'est le processus de décision. La décision ne vient pas d'en haut, elle est élaborée par consensus, puis validée en haut - sans connaître toutes les conséquences (par exemple la taille des adresses IP est un peu petite en V4, mais devient suffisante en V6, oui, il n'y a pas de version 5)- . Le président coordonne, il ne décide pas. Jeu de mot ? Non, notre démocratie française souffre de ce reliquat de "royauté"... et d'un manque certain d'humilité de ses décideurs... qui gagneraient certainement à écouter plus, à coordonner, la population, dont, il faut remarquer, le niveau d'éducation à fortement augmenter depuis 50 ans ! Ce n'est pas un détail. L'auteur veut tout jeter, attiré qu'il est par le réseau Internet. Mais, il se trompe.

Ensuite, T. Crouzet affirme (page 78) : "Sur le Web, la déviance existe, le banditisme comme la pédophilie, mais pas plus que dans les pays dirigés par des gouvernements autoritaires ; et même moins, car sur le Web, chacun se sent investi d'un droit de regard." Alors là chapeau bas ! Pas un chiffre, pas une référence, mais une conclusion radicale. Le début de la phrase, vous met en confiance - il est honnête - donc la suite aussi. Joli procédé réthorique. Belle autorité. Démarche scientique et tout et tout... admirez !! C'est vrai quoi, à y regarder de plus près on pourrait s'apercevoir que c'est le contraire, et là, patatras, c'est tout d'édifice intellectuel qui s'écroule ! il faut dire qu'il est déjà bien branlant !

Bref, ce chapitre simpliste fait le constat que si les humains étaient tous bons, gentils, respecteux les uns des autres, sans ambition autre que collective, notre société n'aurait pas besoin de loi ! Maintenant, il est vrai que le centralisme a des limites... comme le décentralisme... Ce qui importe : la souplesse. Ni tout l'un, ni tout l'autre ! La solution adaptée au problème. J'en ai assez des solutions miracle ! Et celle de M. Crouzet me fait peur...

Ne pas étudier

T. Crouzet rapporte que Steve Jobs (vous savez le créateur de du Mac, d'Apple) annonce que "les diplomes ne servent à rien." (p 83). De là il en déduit qu'il ne faut pas étudier. Argument d'autorité pur. Puisque Môssieur Jobs l'a dit, c'est forcemment vrai !

Le parcours de S. Jobs lui a réussit - il a négligé les diplomes ... Fort bien. Mais combien ont pris la même décision de Jobs, et ont moins bien réussi que lui ? Pas de chiffre M. Crouzet ? Dommage.

Le diplome est une certification - il me semble que les entreprises cherchent se genre de garanties - Il est utile pour cela... Le problème de la société française, et en particulier des entreprises françaises, n'est pas de savoir si les diplomes sont utiles, mais quel poids on leur donne 2 ans, 5 ans, 20 ans après leur obtention ! Que des postes soient interdits à des gens après 20 ans d'expérience professionnelle parce qu'ils n'ont pas les bons diplomes est ridicule. Mais ce n'est pas la faute du diplome, mais de l'employeur ! (Certaines grandes écoles vérouillent certains secteurs - les mines, centrale, l'X, ... Ca évolue, mais doucement...)

La période d'apprentissage doit être enrichissante ; certaines formations sont balisées, d'autres proposent plus ou moins d'optionalité, et finalement, il est aussi possible de butiner... mais là encore pourquoi vouloir imposer à tous la dernière option comme étant la meilleure ! Certains, s'adaptent à des choix tout faits. Et certains choix tout faits sont bons !

En fait, c'est plus subtil que cela ; le doute qu'il met en place, n'est pas tant contre l'apprentissage, mais plutot contre les institutions qui délivrent des diplomes et qui ne serviraient à rien. Appréciez ceci :

"Si le pouvoir central est inefficace pour régir une société, un système éducatif centralisé est lui aussi inefficace."

J'ai l'impression que l'auteur prouve là que son cerveau (centralisé) est aussi inefficace ! Encore une fois, voici une généralisation hâtive. Puisque 3, 5 et 7 sont premiers (j'ai 3 exemples, je suis plus prudent que M. Crouzet qui n'en donne qu'un !), je déduis que tous les nombres impairs sont premiers ! Vite fait. Mal Fait !

Pour poursuivre sur son idée de décentralisation(p 85) "Qui va donc enseigner ? Vous, moi, nous tous deviendrons les professeurs des autres. Je vous apprends ce que je sais, vous m'apprenez ce que vous savez." La encore rien de nouveau sous le soleil. On échange dans les cafés du commerce tout un tas de "savoirs". Leur validité ? leur pertinence ? leur validité ? qui s'en soucis ! Le fait qu'on enseigne le créationisme au U.S.A. ne vous pose pas question M. Crouzet ? Le nombre d'anneries assénées sur Internet ne vous interroge pas ? Non, vous, vous avez un esprit critique, certainement. Capable de distinguer le vrai, du faux, de l'approximatif. Votre ouvrage en est une illustration magistrale ! Mais que proposez vous à ceux dont l'esprit n'est pas aussi affuté que le votre ? Pas de risque de manipulation ? Encore une fois, optimisme dangereux.

Passons à l'éloge du généralisme. Pas grand chose à dire ; il faut des généralistes, des personnes capables de faire des ponts, des connexions entre des idées que des spécialistes ne voient pas. Mais il faut aussi des spécialistes, des gens qui coupent les cheveux en 4 ! Encore une fois, vouloir homogénéiser... c'est se priver de la diversité. Vive les spécialistes, vive les généralistes.

Juste pour illustrer, il cite un généraliste qui défend la cybernétique (p93 - les [...] sont dans le texte) "Pour moi, la cybernétique [...] introduit pour la première fois la notion de circularité [... Elle] s'intéresse aux systèmes qui agissent sur eux-même." Alors soit la citation est exacte et un généraliste dit des bétises, soit c'est lui, qui en tant que généraliste, fait dire des bétises en traffiquant la citation ! Mais la circularité est un vieux problème. Je vous invite à lire l'excellent ouvrage de D. Hofstadter, Gödel, Escher et Bach, 3 brins d'une guirlande éternelle, 1985 pour l'édition française [5].

Que pensez-vous de ceci : "Les sociétés centralisées reposent sur des soldats formatés, les seuls individus aptes à répondre à des ordres". Vous n'êtes pas un soldat formaté idiot, vous, donc vous êtes forcément d'accord avec moi qui préconise une société distribuée... Belle réthorique. Jouer sur le rejet d'une identification... pour renforcer son argumentaire (fallacieux).

Une perle p 94 : "Les pieuvres distribuent leur intelligence dans leurs bras qui, chacun, dispose d'un système nerveux autonome pour éviter de surcharger le cerveau central. Cette distribution d'intelligence est un gage d'efficacité." Il est bien connu que la pieuvre est plus intelligente que l'homme. Il semblerait que l'auteur, ici, prouve mon affirmation (phrase auto référencielle) !

Je ne défend pas le centralisme. La distribution est souvent une solution intéressante, pas toujours. Vive la diversité, l'adaptation. Tout dépend de la propriété qui est importante. Que veut dire efficace ? Rapide, robuste, économe ? La pieuvre a optimisé l'utilisation de son corps (mou) pour obtenir un bon niveau d'intelligence, et un haut niveau de robustesse (dans un environnement dangereux pour son type de corps).

(.. à suivre...)

...

Ne pas provoquer

Pour finir une affirmation qui n'est absolument pas suivie par l'auteur. Bref, la preuve que tout ceci auto-contradictoire - inconsitant pourrait-on dire en mathématique - et que d'une théorie inconsistence on peut déduire n'importe quoi. Ce que démontre avec brio l'auteur.

--Abeugnard 18 mar 2006 à 22:54 (CET)